Il y a des absences qui bouleversent notre monde et pour lesquelles aucun mot ne semble suffisamment grand. On nous dit parfois qu’il faut tourner la page, avancer, apprendre à vivre sans. Mais comment vivre sans quelqu’un qui continue, d’une manière ou d’une autre, à vivre en nous ?
Et, pour moi, ce recueil a une histoire très particulière. Il m’a été soufflé par mon père.
Comme s’il était là, quelque part, à murmurer les mots à mon oreille. Comme si certaines phrases ne venaient pas tout à fait de moi, mais traversaient simplement quelque chose entre nous pour venir se déposer sur le papier.
Je les écrivais. Puis je les relisais. Encore. Et encore. Je cherchais le mot exact, celui qui serait au plus près de ce que je ressentais. Je ciselais chaque image pour qu’elle soit la plus fidèle possible à mon émotion. Parfois, un seul mot changeait tout. Alors je recommençais.
Je n’ai pas écrit pour expliquer le deuil, ni pour chercher une réponse à l’absence. J’ai écrit parce qu’il fallait que quelque chose sorte, que mes émotions trouvent un chemin. Au début, il y avait parfois une sensation, une image, une douleur, un souvenir. Puis venaient les mots. Ce travail n’était pas seulement un travail d’écriture. C’était aussi une façon de regarder mes émotions en face, de les approcher sans les fuir, de les comprendre un peu mieux, de leur donner une forme. Je ne cherchais pas à faire disparaître la douleur. Je cherchais à lui donner une place. Et, quelque part, en donnant une forme à ce que je ressentais, j’ai commencé à pouvoir le traverser.
C’est peut-être pour cela que j’aime aujourd’hui l’idée que ces poèmes puissent accompagner quelqu’un d’autre. Pas en lui disant comment faire son deuil. Pas en lui promettant que demain sera plus facile. Mais simplement en lui offrant des mots, un espace, une présence.
Parce qu’il arrive que l’on ne sache plus comment dire le manque. Que certaines émotions soient trop grandes, trop confuses, trop intimes pour être formulées. Et puis, un jour, on lit quelques lignes et l’on se reconnaît. On se dit : c’est exactement cela.
Alors le poème devient peut-être une petite passerelle entre soi et les autres. Une manière de ne plus se sentir tout à fait seul avec ce que l’on porte. Car l’absence ne fait pas disparaître le lien. Elle le transforme.
Une voix peut continuer à résonner dans notre mémoire. Un geste peut devenir un souvenir. Une chanson peut faire revenir un visage. Une phrase peut rester avec nous pendant des années. Ceux que nous avons aimés laissent beaucoup derrière eux, mais aussi quelque chose en nous. On peut continuer à aimer quelqu’un que l’on ne peut plus serrer dans ses bras. Avancer sans oublier. Rire à nouveau sans trahir. Faire des projets sans abandonner ceux qui nous manquent.
Continuer à vivre n’est pas cesser d’aimer. C’est apprendre à aimer autrement.
Alors, si mes poèmes peuvent accompagner quelqu’un qui traverse un deuil, j’aimerais qu’ils le fassent avec douceur. Sans chercher à effacer la peine, sans précipiter l’apaisement, sans prétendre savoir ce que chacun doit ressentir.
Que ce recueil puisse être ouvert un soir où le manque est trop grand, refermé lorsque les mots deviennent trop douloureux, puis retrouvé plus tard, lorsque le cœur est prêt.
Peut-être que ces poèmes ne changeront rien à l’absence. Mais peut-être qu’ils aideront à découvrir qu’au milieu de cette absence, quelque chose demeure.
Un lien. Une trace. Une présence. Et peut-être même… un peu de lumière.
Parce qu’entre les mondes, il existe un endroit où ceux qui sont partis continuent simplement de vivre autrement : en nous.
C'est mon livre de chevet, je le déguste, beaucoup de sensibilité, de baume sur l'âme et le cœur. Des mots qui dansent doucement sur les départs de nos proches !
C'est mon livre de chevet, je le déguste, beaucoup de sensibilité, de baume sur l'âme et le cœur. Des mots qui dansent doucement sur les départs de nos proches !