Mais que fait-elle ?

October 30, 2018

 

Je suis actuellement au coeur des corrections de mon prochain recueil de nouvelles : PAGES NOIRES. (en cliquant sur ce lien bleu, vous en saurez un plus sur ce recueil.)

 

C'est la raison pour laquelle je me fais rare sur le Blog ainsi que sur la page Facebook


Je travaille avec la complicité de deux re-lectrices : Isabelle et Joëlle que je remercie ici. Elles me permettent de prendre du recul par rapport à mon écriture et de regarder d'un oeil nouveau, si c'est possible, ces nouvelles que je connais par coeur ! Leurs retours me font du bien et m'encouragent à travailler davantage. J'aime beaucoup ces échanges qui me font progresser et qui me confortent dans mes choix. 

 

J'espère que vous aimerez ce nouvel opus ! À ce jour, je ne peux pas vous dire quand il sera publié, mais bientôt je l'espère. Alors en attendant que diriez-vous d'un petit extrait ?

 

 

 

 « Au printemps, on est un peu fou. » Ces mots résonnent en lui, les derniers dont il se souvient avec précision. Le renouveau provoque l’euphorie et l’excitation, pense-t-il. La chaleur des premiers rayons crée des réactions en chaîne. La fonte des neiges alimente des torrents tumultueux, les bourgeons éclatent et métamorphosent des forêts entières dont les branches passent du néant au vert lumineux des feuilles dont ils se recouvrent. La floraison est un foisonnement de couleurs délicieusement enivrantes. Le réveil des animaux hibernants, le retour des oiseaux migrateurs et les jours qui s’allongent... Mais pour lui, jamais le temps ne s’était autant étiré. Jamais les journées ne lui avaient paru si infinies. Jamais il n’avait eu aussi froid. Jamais il ne s’était senti aussi seul. 

Il vient de vivre son premier jour sans elle. Alors que les hirondelles gazouillent gaiement, confectionnent ou renforcent leurs nids de la saison précédente, il connaît la plus grande douleur de sa vie. C’est une lame tranchante qui le saisit à la gorge chaque fois qu’il pense à elle, c’est-à-dire en permanence. C’est un coup à l’estomac, et il vomit. C’est une compression des poumons, et il suffoque tant qu’il s’est évanoui plus tôt dans la matinée. Il constate tous ces symptômes avec stupéfaction. Pour le moment, le plus pénible pour lui, c’est de ne pas savoir ce qu’elle ressent, où elle est, ce qu’elle fait, à quoi elle songe même s’il a une vague idée du lieu où elle se trouve. Son exil ne fait que commencer. Il change de saison. Ce n’est plus le printemps et sa douce folie, mais c’est l’automne et sa psychose qui s’abattent sur lui, et bientôt l’hiver incisif et éprouvant l’engloutira. 

 

Il s’éloigne d’elle chaque heure davantage et contre son gré. Il ignore encore que cette distance ne fera que s’allonger irrémédiablement. Tout ce qu’il connaît, c’est le manque. Il a mal, très mal. La douleur le courbe et le tord comme on essore une serpillière. Le jus de son agonie est si noir qu’il le terrorise. Il a les traits tirés, les yeux creux de celui qui ne dort pas, le teint pâle de celui qui ne mange plus, la bouche austère de celui qui n’embrasse plus. Et pourtant les mots qu’elle lui a dits, avant de partir, lui donnent des raisons d’espérer : « Je voudrais rester avec toi. » 

 


Extrait de LA FRACTURE

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